Les baleines empruntaient les mêmes routes migratoires il y a 270 000 ans

29 mai 2019
Etudier les routes migratoires des cétacés s'avère compliqué, notamment lorsque nous remontons à des milliers d'années en arrière. Cependant, cela est possible grâce à quelques petits mollusques.

Les baleines, tout comme d’autres animaux, ont l’habitude d’emprunter les mêmes routes migratoires année après année. D’ailleurs, il n’est pas si difficile de savoir si cela a toujours été le cas, puisqu’à l’heure actuelle nous voyons comment les animaux peuvent modifier ces routes. Ainsi, une étude a démontré que les baleines suivent les mêmes routes depuis presque 300 000 ans.

Les Cirripèdes : des GPS fossilisés

Ces énormes cétacés renferment, la plupart du temps, des mollusques connus sous le nom de Cirripèdes. Ces derniers sont des hôtes qui vivent toujours collés aux baleines et qui peuvent devenir fossiles comme d’autres animaux. À travers l’étude de ces fossiles, les chercheurs de l’Université de Californie ont retrouvé la trace de baleines qui sont mortes il y a des milliers d’années.

Mais, comment est-ce possible ? Les Cirripèdes grandissent collés aux baleines. Par conséquent, ils captent régulièrement du carbonate de calcium nécessaire à leur organisme. Ainsi, ils constituent d’excellents témoins des eaux dans lesquelles ils évoluent. Dans ce cas, la croissance de ces mollusques donne de précieux indices sur les déplacements des baleines qui les portaient.

Les Cirripèdes bénéficient d’un habitat sûr grâce aux baleines, en plus d’un moyen de transport vers des zones disposant de davantage de nutriments dans l’eau et de meilleures possibilités pour se reproduire.

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De plus, il est relativement simple pour les chercheurs d’associer un fossile de Cirripède à une espèce concrète de baleine. En effet, certaines espèces concrètes de mollusques adhèrent à des espèces concrètes de baleines. Cela a permis de reconstituer les anciennes routes migratoires de deux espèces de cétacés très connues : les baleines à bosse et les baleines grises.

En outre, ils ont pu démontrer que certaines populations de baleines à bosse migrent vers les mêmes spots de la côte panaméenne depuis 270 000 ans. Cette information est particulièrement intéressante pour comprendre comment ces grands cétacés pourront s’adapter à des événements comme le changement climatique.

Les routes migratoires des baleines à bosse

L’équipe chargée de cette étude, dirigée par Larry Taylor, s’intéresse depuis longtemps aux apports que pouvaient offrir ces mollusques pour étudier les migrations massives de baleines.

De fait, on savait déjà que les Cirripèdes pouvaient nous aider à étudier l’environnement dans lequel ont évolué les baleines pendant un an. Désormais, nous savons qu’ils peuvent en faire de même, mais en remontant jusqu’à des centaines de milliers d’années en arrière.

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Les baleines à bosse sont des cétacés qui peuvent dépasser les 36 tonnes et atteindre 16 mètres de long, ce qui en fait l’un des plus grands balénoptéridés. Il s’agit d’un animal assez agile qui accomplit de puissants sauts par lesquels il fend l’eau. Par ailleurs, les mâles émettent des chants pendant près de 20 minutes, sans que l’on ait pu en déterminer le but.

Cette espèce emprunte chaque année une route migratoire de près de 25 000 kilomètres. De plus, l’été elle vit dans les eaux polaires de l’Antarctique, où elle se nourrit. Plus tard, ces cétacés entreprennent leur migration vers les zones tropicales et subtropicales pour se reproduire et élever leurs petits.

Et c’est ainsi que, chaque année, ces baleines apparaissent au Costa Rica et au Panama, dans l’hémisphère nord et dans l’hémisphère sud. Elles peuvent aussi migrer vers d’autres eaux et, curieusement, on remarque que de plus en plus migrent vers la Méditerranée ou la mer Baltique. Cet état de fait peut s’expliquer par une augmentation de cette population suite au moratoire sur la chasse de baleines.

Nous espérons que cette nouvelle investigation nous permettra de les aider à reconquérir les eaux de la planète.

 

Trueman, C. N., & Glew, K. S. J. (2019). Isotopic tracking of marine animal movement. In Tracking Animal Migration with Stable Isotopes (pp. 137-172). Academic Press.