Comment les chiens traitent-ils les mots des humains ?

· 30 janvier 2019
On a mené une nouvelle étude approfondie sur les mécanismes cérébraux qu'utilisent les chiens pour différencier et traiter les mots que nous prononçons.

Bien souvent, nous avons l’impression que les chiens comprennent ce que nous disons. Mais, comment les chiens traitent-ils les mots que les humains disent ? Les résultats d’une nouvelle étude suggèrent que les chiens ont au moins une représentation neuronale rudimentaire du sens des mots que nous leur apprenons.

Cette étude suggère que les chiens font la différence entre les mots qu’ils ont déjà entendu auparavant et ceux qu’ils découvrent. Publiée vers la mi-octobre 2018 dans la revue Frontiers in Neuroscience, elle est l’œuvre de scientifiques de l’Université de Emory (États-Unis). Il s’agit de l’une des premières à utiliser les images cérébrales pour montrer comment les chiens traitent les mots qu’on leur a appris à associer à des objets.

Comment les chiens traitent-ils les mots humains ?

Les chercheurs proposent l’exemple d’un chien qui s’agite et remue, il court même à la fenêtre en entendant le mot ‘écureuil’. Mais, que signifie ce mot pour ce chien ? Veut-il dire ‘attention, quelque chose est sur le point d’arriver’ ? Ou le chien recrée-t-il mentalement l’image de l’écureuil dans sa tête ?

Les chercheurs ajoutent que beaucoup de maîtres pensent que leur chien sait ce que signifient certains mots. Cependant, aucune preuve scientifique n’est venue étayer cette hypothèse. En fait, le but était d’obtenir une base de données sur les chiens. Il ne s’agissait pas seulement de se baser sur ce que leur disent leurs maîtres.

Dans ce sens, les scientifiques reconnaissent que  la capacité des chiens à traiter au moins certains aspects du langage humain est déjà acté. En effet, on sait bien qu’ils peuvent apprendre à suivre des ordres verbaux. Cependant, étant donné que les études antérieures montrent que les chiens peuvent utiliser d’autres signes pour suivre un ordre verbal, comme le regard, les gestes et même les expressions faciales de leurs maîtres, il était intéressant de déterminer jusqu’à quel point les chiens traitent les mots.

Les chercheurs se sont focalisés sur les questions entourant les mécanismes cérébraux qu’utilisent les chiens pour différencier les mots. Ils se sont même demandé ce que constitue un mot pour un chien.

étude irm chez les chiens pour comprendre comment ils traitent les mots humains

Source : Twitter

Il faut souligner que l’étude a requis l’utilisation de chiens entraînés pour rentrer volontairement dans un appareil d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) et rester immobiles pendant le scanner, sans sédatifs.

Étude d’imagerie par résonance magnétique chez les chiens

Pour cette étude, on a entraîné 12 chiens de différentes races. Ils devaient récupérer deux objets différents, en se basant uniquement sur le nom de ces objets. Chaque chien devait d’abord rapporter un objet à la texture douce, comme un animal en peluche. Et un autre d’une texture différente, comme du caoutchouc, pour faciliter leur distinction.

Lors de l’entraînement on a appris à ces chiens à chercher l’un des objets, puis on les a récompensés avec de la nourriture ou des compliments lorsqu’ils y arrivaient. On a considéré l’entraînement achevé lorsqu’un chien a démontré pouvoir différencier les deux objets en rapportant constamment celui demandé quand on lui présentait les deux.

Dans le cadre de l’expérience, chaque chien entraîné s’est couché dans le scanner IRM. Pendant ce temps, son maître se tenait immobile face à lui, devant l’ouverture. Il lui indiquait alors le nom des objets à intervalles réguliers, définis au préalable. Ensuite, il montrait à son chien les jouets correspondants. En guise de contrôle, le propriétaire devait prononcer des mots absurdes et lui montrer ensuite de nouveaux objets, comme un chapeau ou une poupée.

Les résultats ont montré une activité accrue dans les zones auditives du cerveau en réaction aux mots inventés, plus qu’avec les mots appris.

Les chercheurs reconnaissent qu’ils espéraient voir les chiens distinguer les mots qu’ils connaissaient de ceux qu’ils découvraient. Cependant, ils ont été surpris de voir que les résultats étaient le contraire de ceux obtenus auprès des humains. Autrement dit, les humains montrent généralement une plus forte activité neuronale face aux mots connus que l’inverse.

comment les chiens traitent-ils les mots humains ?

Les chercheurs émettent alors l’hypothèse que les chiens montrent une plus forte activité neuronale face à un mot nouveau. Parce qu’ils sentent que leurs maîtres veulent qu’ils comprennent ce qu’ils leur disent. Dans cette optique, ils essaient donc de le faire pour les satisfaire. « En fin de compte, les chiens veulent faire plaisir à leurs maîtres et peut-être aussi recevoir des éloges ou à manger » d’après les chercheurs.

Les chiens réagissent aux mots

La moitié des chiens de cette étude ont montré une plus grande activité face à des mots nouveaux au niveau du cortex temporo-pariétal. Il s’agit d’une zone du cerveau qu’ils pensent être analogue à la rotation angulaire chez l’homme. Or, c’est là que sont traitées les différences lexicales.

Néanmoins, l’autre moitié des chiens a montré une plus forte réaction aux mots nouveaux dans d’autres régions du cerveau. Cela comprend notamment les autres parties du lobe temporal gauche et de l’amygdale, le noyau caudé et le thalamus.

Ces différences peuvent s’expliquer par l’une des limites de l’étude. Il s’agit de la variable entre les races et la taille des chiens. Tout comme les éventuelles variations entre leurs capacités cognitives de chacun. En effet, les chercheurs reconnaissent que la diversité des formes et des tailles des cerveaux des chiens de différentes races est un point important dans la cartographie des processus cognitifs du cerveau canin.

De plus, les chercheurs avancent que les chiens peuvent avoir des capacités et motivations différentes pour apprendre et comprendre des mots humains, mais… « ils semblent avoir une représentation neuronale du sens des mots qu’on leur apprend, au-delà d’une simple réponse pavlovienne », nous disent-ils.

Cela ne signifie pas que prononcer des mots soit la façon la plus efficace pour un maître de communiquer avec avec un chien. De fait, une autre étude menée auparavant par la même équipe a démontré que le système de récompense neuronal des chiens est plus en harmonie avec les signes visuels et olfactifs que verbaux.